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http://www.cafe-eco.fr/ - Développement local, par Olivier Babeau (7 novembre 2017)

Développement local, par Olivier Babeau (7 novembre 2017)


 

Le développement économique local,

par Olivier Babeau

Mardi 7 novembre 2017, le matin de 7 h 45 à 10 h,

à la Maison de l'outil et de la pensée ouvrière

(7, rue de la Trinité à Troyes)

 

       @OlivierBabeau       

      facebook.com/OlivierBabeauE…   

 

La conférence a eu pour objet de décrire les ingrédients, en France, du développement économique local. 

Il revient aux Aubois, forts notamment de ces indications et connaissant mieux le département que le conférencier, de réfléchir aux forces et aux faiblesses de l’Aube et d’être nombreux à agir, chacun dans la mesure de ses moyens, en faveur du développement économique. 

En effet, celui-ci ne résulte pas que de décisions de l’Etat ou du Grand-Est, mais aussi d’initiatives prises par les habitants, comme professionnels ou élus, et de leur mentalité favorable à l’économie. 

C’est d’ailleurs bien essentiellement grâce à des initiatives locales que s’est produit l’essor de l’enseignement supérieur dans l’Aube et qu’a été créée une technopole, facteurs prédominants du développement départemental actuel. 

L’Est-Eclair a rendu compte de la conférence dans son édition du 14 novembre 2017, sous le titre « Le développement économique passera par la culture ».

L’article cite le conférencier : « La culture générale est plus importante que jamais. Plus l’intelligence artificielle va prendre des emplois, plus nous aurons besoin de culture. Toutes les tâches réplicables vont être prises par les machines. Il nous restera les tâches inductives, celles qui nécessitent de la créativité. On ne peut en avoir qu’avec une grande culture générale. »

L’article souligne par ailleurs le propos d’Olivier Babeau, concernant le numérique : celui-ci permet à des activités industrielles d’être relocalisées en France et d’être ainsi plus réactives, près des clients et moins coûteuses.

Le numérique permet aussi le télétravail. Mais, pour cela, sont indispensables un accès renforcé à Internet, ainsi que des liaisons ferroviaires fiables.

 

 

 

Comment développer un département comme celui de l’Aube ? Par quels moyens attirer les investisseurs ? Comment profiter du progrès technique ? De quelle manière faire venir plus de talents ? Quel est le poids des initiatives locales : collectivités, entreprises, citoyens ?

 

Le département de l’Aube a subi, plus durement que d’autres, les conséquences de l’ouverture mondiale des marchés. Le chômage y a augmenté, particulièrement avec le déclin de la bonneterie.

 

Heureusement, plusieurs changements, comme la création ou l’extension de grandes écoles et de centres de recherche dans l’Aube, ont freiné la régression économique. Le taux de chômage reste cependant supérieur de deux points au taux moyen national.

 

Aujourd’hui, le numérique modifie la chaine de valeur ; la gouvernance de nombre d’entreprises est forcée d’évoluer ; le réchauffement climatique a un effet structurant sur l’économie ; le cadre institutionnel communal, départemental et régional est bousculé : autant de défis pour les entreprises et les collectivités, mais qui constituent aussi des opportunités de progrès.

 

La conférence a porté sur les facteurs de développement local, aussi divers que les nouvelles formes de solidarité et d’initiative entrepreneuriales, la coopération entre les entreprises et les établissements d’enseignement ou de recherche ou la culture générale des salariés.

 

Le département de l’Aube a des atouts : le sérieux et le pragmatisme de ses habitants, une solide tradition industrielle, des PME compétitives, une agriculture performante, un enseignement supérieur d’excellent niveau, une technopole en plein essor, une proximité géographique avec la plus riche région française, une desserte autoroutière satisfaisante, des réseaux énergétiques enviables, un patrimoine architectural remarquable, des activités culturelles de qualité, des paysages agréables.

 

Il a pourtant dû faire face – peut-être plus difficilement que d’autres départements – à l’ouverture mondiale des marchés et à l’accélération des innovations techniques. Son taux de chômage est supérieur de près de deux points à celui de la moyenne nationale.

 

Son développement économique résulte bien entendu de décisions macroéconomiques, nationales ou supranationales, publiques ou privées. Mais il dépend aussi des acteurs locaux : entreprises, collectivités territoriales, citoyens.

 

Niveau supra-aubois

 

N’évoquons ici que l’Etat. Bien que nous ne soyons plus à l’époque de la DATAR[1], l’Etat conserve d’importantes responsabilités dans le développement local. Notamment, il lui revient de réaliser les transferts financiers entre territoires au profit de ceux structurellement défavorisés et il a la charge d’organiser les services publics nationaux.

 

S’agissant des transferts financiers, on peut regretter la tendance nationale actuelle consistant à axer l’essentiel du développement économique français sur les métropoles[2].

 

Concernant les services publics nationaux, on constate la dégradation de certains de ceux-ci dans de nombreux territoires. Tel est le cas de la desserte ferroviaire de Bar-sur-Aube, Troyes, Romilly-sur-Seine et Nogent-sur-Seine avec Paris. La fréquence des trains a diminué, les retards ont augmenté, le confort s’est dégradé et les tarifs sont excessifs pour les personnes utilisant ce mode de transport pour leurs déplacements domicile-travail.

 

Certes, les matériels roulants ont été modernisés au début de 2017. Ils offrent un confort convenable. La réduction de la fréquence des trains, ces dernières années, va être en partie résorbée en 2018 grâce à la mise en service de deux rames supplémentaires.  

 

Mais la qualité du service reste insuffisante. Les trains sont fréquemment en retard ou annulés à cause de voies ne permettant pas un débit suffisant dans la région parisienne, de pannes du matériel roulant (alors que celui-ci est neuf) ou d’absences d’agents.

 

Des liaisons fiables sont pourtant vitales. Elles conditionnent les échanges techniques et commerciaux, la possibilité d'agrandir l'aire dans laquelle on peut trouver un emploi tout en gardant le même domicile, la venue d’un plus grand nombre d’étudiants dans les grandes écoles troyennes, l'essor du télétravail[3]

 

Niveau aubois

 

Le rôle des acteurs locaux est crucial. La concurrence entre territoires est telle que réussissent principalement ceux dont les citoyens sont les plus mobilisés. Les choses ne tombent pas que du ciel.

 

La cohésion de tous (entrepreneurs, salariés du privé ou du public, élus) pour le développement économique – et ainsi pour l’emploi –  est indispensable.

 

Cela est bien compris dans l’Aube.  La pratique du collectif y existe d’ailleurs de longue date, par exemple dans le secteur agricole ou la coopération intercommunale. Il s’agit par conséquent de développer encore cette inclination des Aubois pour l’entraide.

 

La société civile se mobilise[4]. Les entreprises s’organisent entre elles directement, souvent de manière informelle, en complément des organismes professionnels ou administratifs existants. Leurs objectifs sont le co-développement, la fertilisation croisée et l’innovation. Plusieurs initiatives ont été prises en ce sens dans l’Aube, la plus récente étant « Demain dès l’Aube ».

 

Ce mouvement est d’autant plus judicieux que l’économie repose aujourd’hui de manière croissante sur la connaissance. Les échanges d’idées et d’expériences apportent beaucoup aux entreprises. En outre, par rapport aux stages de formation professionnelles, par exemple, ces échanges allient souplesse, rapidité et quasi gratuité. Une telle coopération est à l’image d’Internet : sans hiérarchie et fondée sur le bénévolat.

 

L’accès des entreprises au progrès technologique favorise également le développement des territoires. Le département de l’Aube est bien placé dans ce domaine, particulièrement grâce à l’existence de l’Université de Technologie de Troyes.

 

Il convient à cet égard de noter – et ceci illustre la grande capacité d’initiative des Aubois – que l’Etat n’est pas à l’origine de l’essor exceptionnel de l’enseignement supérieur et de la recherche dans l’Aube, mais que celui-ci résulte surtout de l’action des élus locaux.

 

En définitive, les réseaux d’entrepreneurs et les collectivités locales travaillent au développement de l’économie auboise, en tenant compte des dynamiques propres au département, de sa géographie, de sa culture et du profil professionnel de ses habitants.

 

Souhaitons que l’action de la Région en matière d’économie réponde aux attentes des Aubois. Souhaitons aussi que l’Etat n’oublie pas les départements ruraux. Café-éco



[1] La Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR) est une ancienne administration française  chargée, de 1963 à 2014, de préparer les orientations et de mettre en œuvre la politique nationale d'aménagement et de développement du territoire. 

[2] Aix-Marseille, Bordeaux, Brest, Dijon, Grand Paris, Grenoble, Lyon, Lille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Orléans, rennes, Rouen, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse, Tours.

[3] Le télétravail nécessite des rencontres physiques régulières.

[4] A l’instar du Rotary qui a créé le Café-éco, dont l’objet est la diffusion du savoir économique.

 

 

 

Olivier Babeau 

Professeur en sciences de gestion à l’Université de Bordeaux, agrégé des universités

Chroniqueur pour le journal L’Opinion

Vice-président de l'Observatoire de la transformation audiovisuelle

 

Carrière professionnelle 

Professeur des universités, Université de Bordeaux

Professeur des universités, Université de Paris VIII

Maître de conférences, Université de Paris Dauphine

Conseiller au cabinet du ministre des relations avec le Parlement, en charge des discours du ministre et du premier ministre

Consultant chez Mars & Co

 

Formation  

Agrégation des universités en sciences de gestion (Paris Dauphine)

Doctorat en sciences de gestion (Paris Dauphine)

DEA d’économie des institutions (Paris Nanterre)

Agrégation d’économie et de gestion (Ecole normale supérieure de Cachan)

DEA de philosophie (Paris Sorbonne)

Diplôme de management (ESCP Europe)

 

Publications les plus récentes  

L’horreur politique (Les Belles Lettres, 2017)

La nouvelle ferme des animaux (Les Belles Lettres, 2016)

Le management expliqué par l’art (Ed. Ellipses, 2013)